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procession dansante

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La procession dansante d'Echternach est connue au-delà des frontières du Grand-Duché du Luxembourg. Elle apparaît, entre autres, dans de nombreuses légendes, productions littéraires, films et illustrations. Événement touristique, souvent attribué au folklore national, la procession dansante fait venir, annuellement, des milliers de pèlerins, de participants et de spectateurs. L'œuvre saint Willibrord (Willibrordus Bauverein) estime que la procession dansante réunit, ces dernières années, environ 20.000 personnes dont la moitié seraient des spectateurs. En 2008 est inauguré le centre de documentation sur la procession dansante dans la basilique d'Echternach. Depuis 2010, la procession dansante d'Echternach est inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

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La procession dansante comme toute pratique culturelle pose la question de la transmission et des enjeux de celle-ci. En quoi consiste-t-elle et qui en sont les protagonistes? D'où vient-elle? Comment est-elle racontée et quelle réponse donner à la question du sens qu'elle revêt pour ceux qui la pratiquent?

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Tous les mardis de la Pentecôte, la procession dansante d’Echternach rassemble des pèlerins venant des régions environnantes, c’est-à-dire du Luxembourg, d’Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas et de France. Réunissant jusqu'au milieu du 20e siècle surtout Luxembourgeois et leurs voisins allemands de l’Eifel, la procession dansante s'est progressivement ouverte aux ressortissants de la Grande Region, ainsi qu'aux nombreux immigrés, surtout portugais qui se sont installés dans la région d'Echternach depuis les années 1960.

Les pèlerins sont accompagnés par les sociétés de musique qui rythment le déroulement de la procession en jouant l’une après l’autre la mélodie (marche polka) très simple et bien connue de la procession .

Extraits de « Magno Tripudio - sur les pas de la procession dansante d'Echternach »
(© 2008 MCESR (Ministère de la culture, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche))

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  • PD
    Le sarcophage de Saint Willibrord

L’objectif officiel de la procession dansante est de rendre hommage à saint Willibrord, moine bénédictin anglo-saxon qui, se destinant à la prédication, s’embarqua pour le continent en 690. Il fut consacré évêque des Frisons en 695 tout en gardant la fonction d’abbé d’Echternach jusqu’à sa mort en 739. Saint Willibrord est vénéré comme fondateur de l’abbaye d’Echternach et comme auteur d’un certain nombre de miracles, notamment des guérisons.

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Les pèlerins de l’Eifel, de Prüm-Waxweiler plus précisément, partent à pied, le dimanche matin pour arriver le mardi matin à Echternach où ils sont accueillis, du côté allemand, près du pont reliant le Luxembourg à l’Allemagne, avant d’être escortés jusqu’à la basilique d’Echternach où se trouve le sarcophage de Willibrord. Une messe est célébrée dans la basilique ; au terme de la messe, tous les participants se placent en rangs pour entamer la procession proprement dite. A la fin de leur parcours, les pèlerins entrent dans la basilique, descendent dans la crypte d’un pas sautant et passent devant le sarcophage de Willibrord ; les sociétés de musique faisant, pour la dernière fois retentir la mélodie bien connue au sein des murs de la basilique. Lorsque le dernier groupe a parcouru la ville d’Echternach et se retrouve de nouveau devant la basilique, une nouvelle messe clôture la procession.

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Les organisateurs de la procession, les membres de l’association Oeuvre Saint Willibrord, sont responsables de la mise en rangs des participants (de quatre ou cinq personnes par rang). Ceux-ci se tiennent tous les uns les autres par des mouchoirs blancs. Chaque groupe de rangs est précédé par une société de musique qui rythme les pas sautés accomplis par les participants le long du parcours.

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A. Lien entre processions banales et procession dansante d'Echternach

Les habitants de la région de l’Eifel et ceux de la région d’Echternach partagent des pratiques culturelles communes qui relèvent de la longue durée et sont bien antérieures aux frontières nationales actuelles. Dire que les formes et les diverses motivations des rassemblements à Echternach aient changé à travers le temps relève de l’évidence. Mais, les participants à la procession dansante actuelle viennent d'une aire géographique qui a connu, pendant des siècles, diverses pratiques de processions. Se pose la question du lien entre ces manifestations passées, les processions dites « banales » , avec la procession telle que nous la connaissons aujourd'hui.

La nature précise de ce lien ne relève pas de l'évidence, le renvoi aux processions banales peut expliquer l’âge de la procession d’Echternach, mais pas le fait qu’on y dansait.

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En 1922, l’historien belge Ursmer Berlière a mis en évidence l’existence des processions banales en Angleterre, en Belgique, en Allemagne et en France. L’abbaye d’Echternach était loin d’être la seule abbaye bénéficiant de ces processions. Il compte, dans les régions proches d’Echternach, les abbayes bénédictines de Altmünster (Luxembourg actuel), de Saint-Hubert et Stavelot pour les Ardennes, de Prüm dans l’Eifel, de Taben et Mettlach près de la Saar et de Saint-Maximin à Trèves.

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Ces processions obligatoires se dirigeaient annuellement vers les abbayes ou les chapitres. Il s’agissait de processions obligatoires à l’occasion desquelles les paroissiens ainsi que les habitants des paroisses filiales, devaient chaque année se rendre en procession à l’abbaye respective, en emportant la croix et la bannière. Ils étaient accompagnés par le prêtre de leur paroisse et devaient livrer une contribution, en argent et en nature, bien définie à l’abbaye. Ce n’était qu’après avoir accompli les contributions que la croix et la bannière étaient rendues aux paroissiens; cet échange était appelé « cruces solvere » «rachat des croix ». L’abbaye pour sa part offrait aux pèlerins une certaine quantité de pain et de vin. De chaque maison ou de chaque famille, au moins une personne adulte devait obligatoirement y prendre part.

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Ces processions banales seraient antérieures au Xe siècle, pour Echternach, et vu la proximité géographique et la ressemblance avec les processions à Prüm, une origine commune leur est attribuée. La zone d’attraction actuelle de la procession dansante d’Echternach est superposable à celle concernée par les processions banales de Prüm et d’Echternach et l'existence des processions banales témoignent des relations de longue date réunissent les paroissiens vivant dans cette région. 

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La carte reprend tous les villages ayant participé aux processions banales qui se déroulaient à Echternach et représente toutes les paroisses qu’on a pu relever comme participant aux processions entre le XIIe et le XVe siècle. Les paroisses concernées se répartissent dans leur presque totalité sur trois anciennes doyennés de l’ancien évêché de Trèves : Remich et Mersch dans l’actuel Grand-Duché de Luxembourg et Kyllburg – Bitburg en Allemagne actuelle. L’ensemble des paroisses fait partie de l’ancien évêché de Trèves dont les limites correspondent à la cité romaine des Trévires (Trausch 1986:39). Cependant la ville de Trèves elle-même ne fera jamais partie du duché de Luxembourg et est en dehors de la région qui concerne les paroisses allant en procession à Prüm et Echternach.

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En ce qui concerne Echternach, l’abbé Thiofrid, vers 1100, a écrit dans sa vita s. Willibrordi, qu’un grand nombre de pèlerins des régions voisines, accompagnés de leurs prêtres, se rendaient au tombeau de Willibrord pour accomplir leur obligation, coutume qui a été transmise par les ancêtres à la génération de son temps (Hansen 1969:29). Dans un registre de procession, tenu pendant le XIIe et XIIIe siècle, 141 paroisses sont reprises, lesquelles font un pèlerinage à Echternach dans la semaine de la Pentecôte.

Un autre registre, établi par l’abbé Bertels en 1603, indique bien que la procession obligatoire a toujours lieu aussi au Bas Moyen Age et au début des Temps Modernes. Ce registre précise comme seule date pour la procession le mardi après la Pentecôte et ne diffère guère du registre du XIIe et XIIIe siècle en ce qui concerne les paroisses astreintes au pèlerinage.

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L’explication avancée par Oster et selon laquelle c’est à partir des époques des nombreuses pestes, de la dysenterie et de la danse de saint Guy (Billen, C. & R. Zeebroek 1994:53-62) au cours et à partir du XIIIe siècle, que les processions banales se seraient transformées en processions de requêtes et de remerciements, nécessiterait des recherches plus approfondies.  Il y aurait un autre cas de figure, propre à la paroisse de Waxweiler et à ses filiales. En effet, les pèlerins de Waxweiler, appelés encore « Springenheilige », auraient introduit la danse dans les processions aussi bien à Prüm qu’à Echternach, suite à un vœu accompli en faveur de saint Willibrord.

Les « Springenheilige » seraient donc les premiers à danser aussi bien à Prüm qu’à Echternach. D’une part, le saint patron de Waxweiler est saint Jean Baptiste, saint en l’honneur duquel on danse à d’autres endroits, par exemple sur le « Johannesberg » près de Dudelange. D’autre part, comme saint Jean, Willlibrord était appelé à guérir des maladies spécifiques telles les handicaps du corps, les paralysies et les crises épileptiques (Schroeder 1999:340-343).

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D’après Senninger, Waxweiler n’aurait jamais appartenu aux terres de l’abbaye d’Echternach et par conséquent, comme leur triple tribut annuel (céréales, cire et argent) se retrouve dans les registres administratifs, il conclut à un statut différent de cette procession. Ces pèlerins auraient accompli un vœu, une obligation de « caractère religieux ». Un document de 1587, accusant les pèlerins de Waxweiler de ne pas avoir accompli leur tribut annuel, précise qu’ils s’étaient obligés, confrontés à leur situation insupportable, à se rendre annuellement, lors des jours de la Pentecôte à l’abbaye de saint Willibrord pour y accomplir le triple tribut (Senninger 1957:30). Il s’avère important de noter que les gens de Waxweiler se rendent aussi bien à Echternach qu’à Prüm, deux endroits où on vénérait Willibrord.

Neyen, en 1880, parle d’un « sentiment religieux surajouté » : « Mais insensiblement, au cours des siècles, la réputation de sainteté de l’évêque d’Utrecht et abbé d’Echternach s’étant propagée au loin, un nombre de dévots, croissant d’année en année, est venu s’y adjoindre, cherchant, au moyen de prières et d’offrandes, à obtenir, par l’intermédiaire du Saint auprès de l’éternel, un soulagement à leurs maux physiques. Et ce fut là, sans doute, l’origine de l’ajoute d’un sens religieux faite au voyage ou pèlerinage primitif, qui avait été jusqu’alors essentiellement ou du moins en très grande partie exclusivement civil. Et ce but religieux, surajouté à l’institution, a même fini par absorber entièrement la signification première, qui avait uniquement consisté en la remise, avec le cérémoniel usité, d’un tribut déterminé pour chaque ménage, entre les mains d’un prélat, en échange de la concession d’exemptions de services attachés par la loi féodale au domaine temporel de cet abbé » (Neyen 1880:22).

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A l’origine de la danse, il y aurait, selon Schroeder, des pratiques religieuses remontant à la période pré-chrétienne et ayant coexisté non sans s’entremêler et se confronter au clergé naissant ; en témoignent de nombreux interdits émis par le clergé contre les danses cultuelles notamment (Schroeder 1999:338-340).

Rendre compte des liens entre pèlerins, leurs motivations pour remettre le tribut et accomplir les processions et vouloir mettre en évidence, dans ce contexte, leur relation à la personne du saint est délicat. De plus, contexte historique et légendes semblent s’entremêler plus d’une fois dans les explications énoncées au sujet de la procession dansante.

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  • © AS
    Plaque commémorative à Waxweiler

B. Légendes

Sur les murs de l'église paroissiale de Waxweiler est fixé une plaque commémorative qui situe l'origine de la procession dansante d'Echternach en 728. On peut y lire ensuite quatre vers qui précisent que saint Willibord avertissait sans succès les voyous de danser dans un lieu sacré. Ils furent punis. La danse devint leur calvaire jusqu'à ce qu'ils accomplissaient, en guise de pénitence, une danse à Echternach.

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Autour de la procession dansante s'est tissé tout un corpus de légendes. La plus connue, sans doute, est celle de Veit, le violoniste d'Echternach, légende dérivée de celle dite de  Kölbigk:

La légende du violoniste d’Echternach

Un habitant d’Echternach du nom de Veit, accompagné de sa femme, avait fait un pèlerinage en Terre Sainte. Après dix ans il rentra sans sa femme. Elle avait été assassinée par les Sarrasins. Ses proches qui s’étaient entre-temps appropriés les biens de Veit, l’accusèrent de ce meurtre.
Veit fut condamné à la potence. Son dernier vœu - pouvoir jouer une ultime fois du violon - lui fut accordé.

 

La suite du déroulement est étroitement apparentée à la légende des danseurs de Kölbigk :
Veit s’empare de son violon et fit entendre des mélodies si attrayantes que la foule présente se mit à danser. Tous dansèrent jusqu’au soir. Même le bourreau et les chiens sortaient comme envoûtés. Mais les proches de Veit, sous le charme, dansèrent avec frénésie toute une année. Ils dansèrent sans manger ni boire et s’enfoncèrent dans la terre jusqu’aux genoux, jusqu’à ce qu’enfin saint Willibrord accourût d’Utrecht pour les délivrer de la danse ensorcelée (Schroeder 1988).

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Les thèmes abordés dans ces légendes, comme la danse interdite dans la cour de l'église ou encore le thème de la punition qui consiste à être avalé par la terre sont à ranger parmi les grands thèmes mythiques (Smith Thompson 1933 et 1935).

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« Les danseurs d’Echternach » (1947)
(source)
(Réal. Evy Friedrich / Prod. Société nationale du Film luxembourgeois / Archives : Centre national de l’audiovisuel (CNA))
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Au-delà de « l’histoire » de l’élaboration et de la circulation des dites légendes existe le fond commun de la pensée mythique et en ceci, toutes les variantes se valent. Pour qu’un événement, une histoire, une narration, toujours singulière au départ, devienne un mythe, il faut que soit oubliée, effacée son origine individuelle pour devenir une histoire générale, exemplaire. Le temps évoqué dans une légende est un temps distant pour que celle-ci puisse se détacher de la réalité et devenir « métaphore de la réalité » (Bidou 1992).

A côté de la mise à distance temporelle, le mythe montre des actions en complète contradiction avec les lois de la nature et de la société. Le mythe expose une série de scandales logiques, physiques et moraux que le déroulement même du récit a pour but de traiter (Bidou 1992:499), tels les gens qui dansent toute une année sans boire ni manger ou encore les danses dans la cour de l’église et la désobéissance au prêtre.

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Ces thèmes sont traités par le mythe en vue d’éviter le passage à l’acte de ces scandales dans la réalité. La danse serait ici un des comportements « logiques, physiques et moraux » manipulés en vue d’en présenter une forme adéquate, « morale » de la danse.

La légende de Kölbigk remonte à un extrait de la vie de saint Eloi du début du VIIIe siècle et qui raconte un miracle du même genre, ayant fait l’objet de nombreux ajouts, pour donner naissance à différentes versions. La forme « originale » daterait du XIe siècle et, sous ses versions diverses, elle sera reprise dans des recueils de prêches, de contes et de fables. Bien que la légende ait toujours été citée dans la littérature traitant de la procession dansante, elle ne fut jamais interprétée comme indice de l’existence de danses cultuelles à Echternach pendant le Haut Moyen Age.

La légende peut être interprétée comme étant le produit de la réaction au comportement « peu chrétien » qui aurait fait surface lors de ces pèlerinages, comme par exemple les danses dans la cour de l’église. La légende a été retrouvée dans de nombreux recueils de prêches (jusqu’au XIXe siècle) et ce produit littéraire, qui ne doit pas son apparition au hasard, serait une légende d’avertissement destiné à éviter un comportement intolérable dans le cadre d’un pèlerinage (Schroeder 1999:345).

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  • (c) CC BY-SA 3.0
    Des danseurs lors de la procession dansante (2008)

A. L'enjeu de la «bonne danse»

Chaque année, lors de la laborieuse organisation de la procession, l'Oeuvre Saint Willibrord veille à éviter que la procession dansante, événement religieux unique, ne devienne un spectacle folklorique ; il détermine le cadre dans lequel s’effectue le pas de danse prescrit ainsi que l’organisation en rangs des différents groupes de participants.
Le pas de danse de la procession dansante est un pas « sauté » et en luxembourgeois la procession dansante est appelée « Sprangprozessioun », c’est-à-dire « procession sautante ». L'air joué par les sociétés de musiques est une marche polka. Les participants sautent ou marchent sur cet air simple et répété tout au long de la procession. Il s'agit là d'un rythme et d'un genre musical qui peut surprendre dans un cadre religieux.

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Aujourd’hui les pèlerins dansent en avançant de façon constante et sans reculer. Le premier pas est entamé par le pied gauche, le poids du corps reste appuyé sur la jambe gauche, alors que le pied droit suit en tapant avec la pointe du pied à la hauteur du pied gauche. Le poids du corps se trouvant du côté de la jambe gauche, le pied droit peut à son tour, sans provoquer un déséquilibre, avancer pour entamer le deuxième pas de danse et ainsi de suite. Cet avancement d’un des deux pieds s’accomplit en sautant. Le pas se réalise alternativement à gauche et à droite.

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La « danse sautée » rapproche la procession dangereusement d'un évènement d'ordre « folklorique », et l’existence d’un pas rétrograde renforcerait l’association de la procession avec quelque coutume « non orthodoxe».
A côté du caractère sauté du pas de danse, la procession est connue pour être dansée de pas en avant, suivis de pas en arrière. D'ailleurs, la procession a donné lieu à un dicton bien connu au-delà des frontières du grand-duché : avancer (réussir, procéder) comme à la procession dansante, deux pas en avant et un pas en arrière.

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En consultant les différentes sources, il apparaît très clairement que la version officielle tend être celle de la non-existence du pas rétrogradé, du moins du côté des Echternachois.
G. Kiesel est d’avis que les Echternachois n’ont jamais dansé en arrière et que les auteurs qui ont prétendu le contraire ont consciemment ou inconsciemment mystifié la procession dansante (Kiesel 1969 : 4). A. Langini suit l’avis de Kiesel : « On affirme dans le monde entier qu’ils font cinq pas en avant et trois en arrière ou trois en avant et deux en arrière. Or, il n’en est rien, malgré la ténacité de cette légende qui n’a jamais manqué de propagateurs. Il arrive encore actuellement que des personnes assistant tous les ans à la procession, rapportent que régulièrement les pèlerins font trois respectivement deux pas en arrière. (Langini 1977 : 56).

Le pas de danse rétrograde, s'il existe, serait l'amalgame des groupes venant d'ailleurs.
La conclusion de P. Kauthen (Willibrordus Bauverein) au sujet du pas de danse est parlante à cet égard : « Pour conclure le chapitre sur cette question si controversée, on peut dire que, au début du siècle, l’habitude de sauter en arrière a dû encore exister et que parmi les rythmes pratiqués, celui de « 3 pas en avant et 2 pas en arrière » a dû se maintenir le mieux. Mais comme cette pratique s’est perdue après la Première Guerre Mondiale, et cela, dû sans doute au fait que pendant les années 1915-17 la procession a vu surtout la participation des habitants d’Echternach et de la région, on peut formuler l’hypothèse que la manie de vouloir sauter absolument en arrière est le fait de groupes extérieurs. Cela est confirmé aussi par le fait que les groupes nouveaux (scouts, étudiants, etc.), en 1939 comme après la guerre, tiennent absolument à suivre une règle dont on a tant parlé et qu’ils se croient obligés de suivre » (Kauthen 1989 : 258).

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  • PD
    Jacques Marie Bellwald, Procession dansante d'Echternach (vers 1900)

Il y a une catégorisation du comportement corporel qui oppose le civilisé au barbare (le pas qui avance vs. le pas rétrograde associé à une quelconque coutume pré-chrétienne) et l’autochtone à l’Autre. C’est autour de la danse que le problème « folklore » / « événement religieux » apparaît avec vigueur.

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« Vous assistez à une procession, non à un spectacle folklorique. Soyez donc recueillis ! N’applaudissez pas s’il vous plaît ! »
« appel aux participants et aux spectateurs de la procession dansante » publié chaque année par le Bauverein et qui qui précise le comportement à adopter et surtout les comportements à éviter.
(source)
in Warte, Luxemburger Wort
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Il y a les danseurs « sérieux » et les autres. Il y a une valorisation de la bonne manière de danser. Ce qui importe, à côté du respect du rythme donné par l’accompagnement musical, c’est la dignité avec laquelle il faut accomplir la danse. Sur la page du Luxemburger Wort (quotidien luxembourgeois), consacrée annuellement à la procession dansante, il est bien précisé qu’on attend des participants qu’ils dansent avec « gravité » et « dignité ». Les organisateurs invitent vivement les groupes à ne pas se laisser aller à des comportements inadéquats tels le bavardage lors de la danse, saluer les spectateurs ou faire signe avec les mouchoirs, quitter son rang ou s’introduire dans un rang. Il n’est pas apprécié que des boissons alcoolisées soient consommées durant la procession.

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  • La procession dansante à Echternach par Lucien Simon pour le pavillon du Luxembourg à l'exposition universelle de Paris de 1937.

B. Le pas de danse et la question de l'origine de la procession

De la question du pas de danse ressort très bien toute l’importance accordée à la procession dansante en tant que rituel entièrement et strictement religieux, et cela non seulement dans sa forme actuelle, mais aussi dans sa forme ancienne. Autour de ce rituel s’est tissé tout un discours qui semble s’être institutionnalisé en « une seule interprétation correcte» de la procession dansante et de son origine surtout. Discours mythique puisque discours sur l’origine - discours qui répond plus à la question de l’origine qu’il ne la pose.

Le pas de danse rétrograde, proscrit aujourd’hui lors de la procession dansante, est lié au débat de l'origine de la procession bien que le problème ne soit souvent pas évoqué explicitement comme tel, si ce n’est chez G. Vogler qui dit que le pas de danse rétrograde est considéré comme relevant d’une « coutume préchrétienne » (Vogler 1995 : 189).

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    Détail du Retable d'Issenheim par Matthias Grünewald vers 1514 : homme atteint du mal des ardents.

La question de l’origine du pas de danse est controversée et oppose d’une part les tenants de « l’explication officielle » c’est-à-dire les représentants de l’Eglise catholique ainsi que de nombreux écrivains locaux, et d’autre part les tenants de l’hypothèse de l’histoire médiévale. Les premiers situent l’origine de la procession dansante au XIVe siècle, lors des nombreuses épidémies qui ont ravagé toute la région. Les pèlerins auraient entrepris le pèlerinage pour faire un voeu auprès de saint Willibrord afin d'être guéris. Il s'agirait dès lors d'une pratique d'origine chrétienne. Les seconds la situent plus tôt dans le temps, sans nier l’effet amplificateur provoqué par les épidémies au XIIIe et au XIVe siècles, ce qui induirait une origine pré-chrétienne de la pratique en question. Les tenants de cette dernière hypothèse seraient donc favorables à l’hypothèse de l’appropriation par l’Eglise d’une danse rituelle, danse qui se trouverait liée aux processions des croix banales du Haut Moyen Age.

Zousazinformatioun

La maladie de l’ergotisme convulsif aurait joué un rôle dans la mise en place des processions dansantes.

Cette polémique autour de la procession dansante d’Echternach met en évidence l’enjeu que représente la procession dansante pour les organisateurs et représentants religieux.

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  • (C) www.stampworld.de
    Timbre de la procession dansante (2011)

Si la procession dansante est un facteur identitaire pour la ville d’Echternach (elle est rarement absente des guides touristiques par exemple) et pour ses habitants, et un enjeu pour le clergé et les hauts dignitaires de l'Eglise catholique, elle est fondamentalement basée sur la participation de groupes venant de l’extérieur. Ceux-ci fondent la procession dansante en tant que manifestation transfrontalière et ce bien avant l'avènement des frontières nationales actuelles. Elle ne peut être appréhendée en dehors de la prise en compte de la « supranationalité » du rituel et des liens qui unissent les participants luxembourgeois à leurs voisins, belges, français et notamment allemands. La relation à ces derniers est certes la plus ambiguë.

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Les pèlerins allemands jouent un rôle important dans le déroulement de la procession. Ce sont eux par ailleurs qui, aujourd’hui, ont le privilège d’entamer la partie dansante de la procession, c’est-à-dire de suivre directement le reliquaire de saint Willibrord.

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Chaque année les membres de l'oeuvre saint Willibrord traversent l’Echternacherbrück pour aller accueillir les pèlerins de Grossprüm et de Waxweiler qui se sont réunis en cours de route pour arriver ensemble devant le pont qu’ils traverseront, après les mots d’accueil, avec les habitants de l’autre côté du pont.

Le pont qui relie les habitants d’Echternach à ceux qui viennent de l’autre côté de la Sûre articule l’espace sacré du pèlerinage. Aujourd’hui encore ce pont est investi symboliquement, et on le traverse ensemble seulement après le sermon. Le pont est la dernière étape à franchir avant d’arriver au but du pèlerinage, au tombeau du saint et à la procession dansante en tant que telle.

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Le pèlerin qui vient à Echternach est « autre » de deux manières : d’une part, il est étranger à lui-même dans le sens qu’il vit une expérience au-delà du quotidien et à la recherche de l’au-delà. Il transgresse des limites à tous les niveaux : limites géographiques, physiques à travers l’effort de la longue marche (pour ceux qui viennent à pied évidemment) et de la danse, ainsi que les limites de la transcendance. D’autre part, il acquiert une altérité de par la confrontation aux autres « groupes » de pèlerins et aux habitants d’Echternach même.Le pont « Echternacherbrück », étant depuis « toujours » selon la tradition orale, un passage à franchir avant d’accéder au lieu sacré, a cependant pu changer de portée symbolique à travers les circonstances historiques.

En effet, l’« autre » franchissant le pont en direction d’Echternach a aussi été l’ennemi des deux guerres. La Seconde Guerre Mondiale est encore présente dans les souvenirs et c’est le « Preis  » qui a détruit la basilique en 1944.

Cependant, les Echternachois se sont chargés de trouver une solution pour que les pèlerins de l’Eifel puissent « passer le pont » directement après la fin de la guerre, seul lieu de passage qui leur fut accordé. Les Allemands nazis, ennemis de guerre, les Allemands de l’Eifel, voisins proches, l’« autre » est en tout cas nécessaire pour réaliser à plein titre la procession dansante.

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  • PD
    Jacques Marie Bellwald, Procession dansante d'Echternach (vers 1900)

Durant le rituel, cette altérité est à la fois prononcée et abolie dans l’unité du mouvement global. Ainsi, le groupe des pèlerins allemands, accueilli de manière privilégiée, est accompagné jusqu’à la basilique où il sera de nouveau salué par l’évêque. Tout un code cérémoniel est mis en vigueur et traduit bien, au-delà ou en–deçà de l’accueil chaleureux, l’altérité accordée à ce groupe de pèlerins.

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Au-delà des différentes motivations des pèlerins, ainsi que des différents groupes présents, tous participent à un même rituel, dans un espace-temps limité. Et ce rituel n’est pas complet si les différentes composantes ne sont pas réunies et lui confèrent en quelque sorte sa force et son efficacité.

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Face à une demande d’explicitation, les motivations individuelles de participation peuvent différer énormément ; une majorité de participants, surtout les membres des sociétés de musique et de leurs paroisses n'avancent pas de motifs particuliers : le mardi de la Pentecôte « on va jouer et danser à Echternach ». Les pèlerins de Prüm – Waxweiler, récitent tout le long de leur marche des prières et leur parcours est jalonné de visites d’églises.

Pour ces pèlerins « participer » à la procession implique un engagement incomparablement plus riche en énergie et en ferveur que celui de bon nombre d’autres « pèlerins ». Leur ferveur dans la prière et leur comportement religieux affiché est encore une caractéristique qui distingue ces pèlerins aux yeux de ceux qui les accueillent.

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Le temps et l’espace posent le cadre qui permet et conditionne le début et la fin du rite. La cour du lycée ainsi que la place du marché changent de statut pour quelques heures. De nombreux spectateurs se placent de part et d’autre de la rue et attendent et regardent le passage des pèlerins, accompagnés de la musique bien connue qui n’est jouée qu’une fois par an à cet endroit.

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Le rythme de la musique et la mélodie répétée sans cesse pendant environ trois heures ordonne le corps de la procession dans un mouvement toujours répété. La musique est telle qu’elle s’imprime facilement dans le corps au point où mouvement de corps et musique font partie d’un même registre. Les instruments de musique sont des outils qui permettent au corps du groupe de s’articuler en une gestuelle cohérente, les sons produits se traduisent dans le pas sauté des danseurs. Herskovits, parle d’« un réflexe conditionné dont le stimulus serait la musique », et bien qu’on ne soit pas dans un cadre de danse/possession, on peut observer cet automatisme auprès de beaucoup de pèlerins participant depuis longtemps à la procession (Herskovits 1943, cité in Rouget 1990:327).

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Un vieil homme de quatre-vingt-six ans, lors de l’entretien, affirme qu’il a dansé depuis l’âge de six ans et qu’il n’a pas raté une procession, sauf évidemment les années de guerre où elle n’a pas eu lieu. Les enfants d’Echternach, dans l’enseignement préscolaire, apprennent toujours le pas de danse pour participer à « leur procession ».

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Beaucoup d’éléments sont constitutifs de la procession et lui dessinent son cadre. Il s’agit d’une collectivité qui se donne rendez-vous annuellement pour revivre l’événement sous une forme prescrite.

Chaque rituel a ses règles formelles, constitutives, ses éléments nécessaires. Tout rituel inclue toujours certains éléments que ces participants érigent au rang de conditions nécessaires (Boyer, P. 1997). Dans notre exemple, la date de la procession (le mardi de la Pentecôte), le lieu (la ville d’Echternach) ainsi que le concours de groupes venus des villages et villes des alentours (aussi bien au sein du grand-duché que au-delà des frontières), le pas de danse prescrit et la mélodie constitueraient les conditions élémentaires à la procession dansante.

A côté des ces règles formelles, il y a des éléments additionnels que les auteurs projètent sur les structures rituelles, sans qu’ils soient nécessaires au rituel, tels le sens et les motivations de participation au rituel. Ces intentions et hypothèses de participation des acteurs s'inscrivent dans une recherche spontanée d’hypothèses pertinentes lors de l’acte rituel plutôt que de dérouler d’un modèle culturel partagé. C'est pour cette raison que les conceptions individuelles du sens ou de la raison d’être du rituel sont le plus souvent imprécis et idiosyncrasiques (Boyer 1997 : 237).

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En vue de saisir la procession dansante et les motivations de participation qui la sous-tendent, il est important de dissocier l’acte de croire et l’adhésion d’un individu à un ensemble d’énoncés se rapportant à l’acte : « aucun rituel ne suppose nécessairement, à travers son accomplissement, une attitude mentale en parfaite correspondance avec celui-ci, et encore moins une adhésion non problématique à une signification explicite ou implicite du rite » (Piette 1996: 273).

Force est de constater que les éléments qui changent à travers le temps sont justement les éléments appartenant au registre du sens et des intentions attribués à la procession. En effet, que les pèlerins dansaient en vue d’effectuer un vœu auprès de saint Willibrord ou qu’ils effectuaient en tant que malades épileptiques (surtout au XIIIe siècle et au XIVe siècle) une danse thérapeutique en quête de guérison auprès du saint, que les participants viennent parce qu’ils sont venus toute leur vie avec leur famille ou en tant que membre de l’orchestre villageois, voilà autant de motivations différant dans le temps et entre individus. Le déroulement de la procession, appuyé sur ce que Boyer appelle les éléments constitutifs du rituel, varie peu dans le temps et réunit les individus et les groupes dans un mouvement réglementé et répété dans le temps.

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Conclusion et bibliographie

La procession dansante mobilise une collectivité dont la participation « fait » le rituel. Les motivations de participation ne peuvent pas être réduites aux seules motivations religieuses . Des processions civiles au Haut Moyen Âge aux processions religieuses ensuite, la procession est aujourd'hui associée au patrimoine religieux et populaire national  et est devenu événement touristique et identitaire pour la ville d'Echternach et, sur le plan international, pour le Luxembourg .

 


Au-delà de ces motivations multiples de participation à la procession et des discours et récits divers la racontant, pèlerins, participants divers et spectateurs continuent à se réunir tous les mardi de la Pentecôte en s'inscrivant dans un déroulement précis, suivant un rythme et une ambiance sonore qui lui sont propres et qui fondent la transmission de cette pratique culturelle partagée au-delà des frontières nationales actuelles.

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